Les jardins partagés c’est quoi ?

Dans nos villes et aux alentours, on voit souvent des jardins fous fleurir derrière des palissades, des friches se transformer en potager collectif, des micro-jardins se développer sur des trottoirs… Non seulement c’est un régal pour les yeux à la belle saison, mais cela favorise la biodiversité au sein des espaces urbains. Et cela n’a pas de prix !

Toutes ces initiatives se regroupent sous un terme très tendance : les jardins partagés. (Nota : Wikipedia utilise le terme jardin communautaire). Mais qu’est-ce que c’est précisément ? Et quelle philosophie de partage se cache sous cette appellation ?

 

 

Les origines des jardins partagés

La notion de jardin partagé a connu diverses appellations depuis ses débuts : jardins ouvriers, puis familiaux, puis enfin communautaires. Ces notions se ressemblent, mais accompagnent en fait une évolution historique et se différencient d’ailleurs par un changement radical d’idéologie.

 

Jardins ouvriers :

Créés en France en 1896, ce sont des lopins de terre d’environ 200 mètres carrés que des industriels, des religieux ou les communes prêtent à des ouvriers pour « détourner le prolétariat des bistrots, de l’alcool et des idées syndicalistes » ! Ces jardins dont la surface est calculée pour une autosuffisance alimentaire rencontrent un grand succès jusqu’à la fin de la première guerre mondiale. Puis ils déclinent, correspondant moins aux modes de vie.

 

Jardins familiaux :

En 1950, les jardins ouvriers sont rebaptisés jardins familiaux. Dès lors, ils peuvent ainsi bénéficier à un public plus élargi. En 1953, ils sont protégés par la loi Royer dans le code rural. En effet, il est alors interdit d’exproprier des jardins familiaux ou il faut proposer en compensation un terrain équivalent avec des conditions équivalentes. Puis ceux-ci tombent également un peu en désuétude.

 

Jardins communautaires (community gardens) :

C’est dans les années 70 que la notion apparaît à New York. Les citoyens lassés des friches urbaines qui envahissent la ville veulent investir ces terrains. On parle d’abord de guérilla verte. La première à y participer est l’artiste Liz Christy. Elle jette des bombes de graines par dessus les palissades pour transformer les terrains vagues en jardins.

Et en 1973, elle replante complètement un lieu abandonné : le Liz Christy Garden non loin de Soho. Ainsi a-t-elle ouvert le mouvement des community gardens. Aujourd’hui, à New York, il y en a plus d’un millier et bien sûr partout dans le monde.

 

jardins partagés-liz-christy

 

Les jardins partagés aujourd’hui : définition et formes

Le mouvement des jardins communautaires arrive en France dans les années 90. Des citoyens investissent des friches et espaces abandonnés. Ainsi, ces lieux de proximité et de mixité, cultivés en commun, se transforment progressivement en jardins, affirmant leur dimension sociale, collective, participative, éducative, pédagogique et écologique.

En 2003, une loi relative aux jardins collectifs institutionnalise et définit les jardins partagés comme

« des jardins créés ou animés collectivement, ayant pour objet de développer des liens sociaux de proximité par le biais d’activités sociales, culturelles ou éducatives, et accessibles au public. »

On l’a dit, le terme jardin partagé est le synonyme de jardin communautaire, car davantage utilisé dans le monde francophone comme le Canada. En France, il regroupe de très nombreuses variétés possibles de ces jardins, qui se différencient par l’usage ou le lieu :

  • familiaux, parcelles d’environ 150 mètres carrés, le plus souvent dotées d’un cabanon, et gérées par une association
  • potager collectif
  • d’insertion sociale (souvent de plus grandes surfaces de 2.000 à  3.000 mètres carrés pour aider des personnes en difficulté à retrouver le chemin du travail ou de la socialisation)
  • pédagogique
  • en pied d’immeuble : jardin d’habitant, de plaisance
  • jardin nomade, de rue, de poche, MIP (micro implantation florale)…

 

La philosophie des jardins partagés

Une charte des Jardins en Partage en rappelle « les valeurs d’échange, de créativité, de solidarité entre les communautés et des liens retrouvés avec le monde vivant ».

 

jardins partagés-réseau

 

Par ailleurs, ces jardins ont pour objectif de :

  • renforcer les liens sociaux
  • s’approprier un cadre de vie
  • redonner un point d’appui aux personnes en difficulté
  • agir de façon responsable
  • mais aussi « retrouver le plaisir de créer, goûter, partager comme de nouvelles formes d’autonomie et de liberté »

Une philosophie joliment résumée dans cet extrait de la charte :

Les pratiques des jardins dans tous leurs états s’incarnent largement dans l’intelligence plus souriante du partage, des tentatives nouvelles, du développement des idées neuves. Elles participent en cela à donner le goût du mieux-vivre que nous voulons pour demain.

 

Les jardins partagés en pratique

Ils sont ouverts à toutes et tous. Nul besoin d’être un as du jardinage, même si c’est évidemment toujours un plus 😉 ! En effet, le principal ici, reste l’échange et le partage du savoir entre jardiniers et néophytes. D’ailleurs, ces lieux organisent des animations pour apprendre : cafés botaniques, ateliers ludiques pour les enfants, ateliers rempotage, trocs de plantes…

Ces jardins suivent plusieurs principes d’action dans leur mise en oeuvre :

  • diversité d’objectifs
  • mixité sociale, culturelle et générationnelle
  • concertation à la base de tout projet
  • gestion participative
  • respect de l’environnement

 

Chacun peut donc devenir membre, pour jardiner, mais aussi juste pour s’y promener, participer à un projet de quartier ou créer du lien entre générations… Pour vous y mettre et choisir un jardin partagé près de chez vous, connectez-vous sur le site de jardins partagés. Vous y trouverez des liens pour toutes les régions de France y compris l’Ile de France avec www.jardinons-ensemble.org et www.grainedejardins.fr.

 

Les tendances collaboratives autour des jardins, vergers et potagers

Les jardins partagés inspirent de nouvelles initiatives de partage dans l’univers des espaces verts. En voici 3 exemples :

  • Cueillir des fruits gratuitement en ville ou ailleurs, grâce à la carte interactive Falling Fruit. Cette carte mondiale et collaborative recense plus de 500 000 lieux de récolte, y compris à Paris. Attention cependant à respecter le droit de glanage et à garder le sens du collaboratif. Il ne s’agit pas évidemment de tout cueillir pour aller le revendre à la sauvette…
jardins partagés-falling-fruit

Source : Capture d’écran de l’appli

 

  • Aller jardiner chez un particulier grâce à prêtersonjardin.com pour la France et à la plateforme belge pour la Belgique. Sur ces sites créés en 2010, les particuliers prêtent une partie de leur terrain, dont ils ne peuvent ou ne savent s’occuper. De l’autre côté, des jardiniers cherchent un espace pour s’adonner à leur activité. Ils s’agit donc d’un échange gracieux, où l’on peut partager, entre propriétaire et jardiniers, sa récolte : fruits, légumes, fleurs. Une belle occasion aussi de créer du lien !

 

  • Participer au mouvement Les Incroyables Comestibles (Incredible Edible), une expérience communautaire de valorisation des espaces verts inutilisés, en vue de parvenir à l’autosuffisance alimentaire. Cette initiative née en Angleterre en 2008 est en train de conquérir le monde. L’idée est magnifique : mettre en place des potagers partout, où chacun peut planter, entretenir, récolter, le tout à sa guise. Un nouvel art de vivre au bénéfice du bonheur citoyen, dans une optique de co-création d’abondance partagée, et ce partout dans le monde :

 

jardins partagés incroyables comestibles

 

Et vous, pratiquez-vous aussi le co-jardinage ? N’hésitez pas à partager vos réussites et publier vos photos de jardins partagés sur notre page Facebook !

 

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