Encyclopédie libre : l’histoire de Wikipedia

A l’instar des philosophes des Lumières qui créèrent le projet révolutionnaire de l’Encyclopédie éditée en France à partir de 1751, la création en 2001 de l’encyclopédie libre et collaborative Wikipédia bouleverse le rapport au savoir.

Si aujourd’hui, elle est un incontournable des recherches sur internet, elle n’en a pas moins connu de nombreuses péripéties. Dès son origine, son chemin a été parcouru d’embûches relevées au fur et à mesure.

Voilà la stimulante histoire de Wikipédia qui continue de s’écrire aujourd’hui….

 

encyclopédie libre-giphy wikipedia

via GIPHY

 

Il était une fois Wikipédia

En 2000, Jimmy Wales a l’idée de créer une encyclopédie en ligne, écrite avec un comité de rédaction assez ouvert et de bonne tenue scientifique. C’est Nupédia. Mais le projet se heurte à la difficulté de fournir suffisamment de contenu, dans des délais raisonnables.

C’est donc d’abord pour alimenter Nupédia en contenu que Larry Sanger propose d’expérimenter le système wiki. C’est ce post du 10 janvier 2001 qui initie la naissance de Wikipedia, quelques jours plus tard.

 

J’aimerais ajouter une caractéristique à Nupédia.‘Wiki’ est un mot qui vient du Polynésien ‘wikiwiki’. Il désigne des séries de pages Web que chacun peut publiquement mettre à jour. Prenons un exemple. Je démarre une page et j’écris ce que je veux sur ce sujet. N’importe qui peut alors venir et modifier mon texte comme il le désire. Réaliser un wiki pour Nupedia est facile, cela peut être en fait en dix minutes.

Les wikis peuvent être mis en place presque instantanément, ils nécessitent très peu de maintenance, et le risque est très faible. Ils sont à même d’amener vers nous énormément de contenu. Je ne vois donc que peu d’inconvénients à cette formule. Quelqu’un a-t-il une objection à cette expérimentation ?

Larry

C’est cette interface souple du wiki qui permet l’écriture collaborative. Le postulat de départ est que chacun de nous possède un savoir fiable à partager, sans pour autant avoir les diplômes requis.

 

Les débuts de l’encyclopédie libre

A côté de Nupédia que Jimmy Wales espère toujours développer, le projet de Wikipedia se définit plus précisément :

Wikipédia est un projet d’encyclopédie collective établie sur Internet, universelle, multilingue et fonctionnant sur le principe du wiki. Wikipédia a pour objectif d’offrir un contenu librement réutilisable, objectif et vérifiable, que chacun peut modifier et améliorer.

Le cadre du projet est défini par des principes fondateurs. Son contenu est sous licence Creative Commons BY-SA 3.0 et peut être copié et réutilisé sous la même licence — même à des fins commerciales — sous réserve d’en respecter les conditions.

Alors que le développement de Nupédia a plutôt tendance à stagner, Wikipedia démarre aussitôt. Des versions non anglophones voient le jour rapidement, d’abord en Allemagne, puis en France en mai 2001.

Et surtout, à la surprise même de ses fondateurs, fin 2001, Wikipédia compte déjà 20 000 entrées encyclopédiques. C’est l’euphorie d’une start-up qui décolle.

 

Les premières critiques

Le succès de Wikipedia (450.000 articles parus dont 200.000 en anglais en février 2004) déplaît fortement aux élites intellectuelles américaines. Elles critiquent son fonctionnement même de pair à pair, l’absence de comité scientifique, bref le peu de fiabilité des articles. D’après eux, l’écriture collaborative de contributeurs jugés de moindre valeur disqualifie l’encyclopédie !

La revue scientifique Nature se mêle du débat. En décembre 2005, elle publie une étude comparative sur les erreurs ou omissions dans l’encyclopaedia Britannica et Wikipédia. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 2,9 erreurs pour l’encyclopédie classique et 3,9 erreurs pour l’encyclopédie libre.

L’encyclopédie libre, nourrie par les internautes, n’est donc pas loin d’afficher un niveau similaire à celle de la référence du genre.

Le savoir partagé et collaboratif montre sa pertinence. A chacun de consulter les articles avec un sens critique, notamment en cliquant sur les liens des références.

 

La naissance de Wikimedia Foundation

Désormais, la croissance exponentielle demande une structure spécifique pour faire face. En effet, si le travail reste entièrement bénévole au sein de Wikipedia, il y a à la fois besoin de fonds pour le matériel (serveurs, système informatique …) et d’une structure juridique pour faire face aux aléas.

La fondation permet donc le fonctionnement financier :

  • campagne de demande de contribution individuelle sur le site
  • collecte de fonds (à noter parmi les donateurs, Google)
  • partenariat

encyclopédie libre-wikimedia

Source : Wikimedia

 

Wikimedia Foundation est d’abord dirigée par James Wales, le fondateur de Wikipedia. Puis le deuxième président de Wikimedia, de 2006 à 2008, sera une française, Florence Devouard, qui commencera à structurer l’organisation.

En effet, la fondation englobe désormais les premiers projets sœurs comme le Wiktionary.

 

L’encyclopédie libre continue de s’attirer des ennemis…

Wikipedia, devenu top 10 des sites les plus visités sur le web, est victime de sa forte visibilité. Elle est attaquée par des « vandales », qui insèrent en masse des fausses informations aux pages. Ils détournent la fonction collaborative de l’encyclopédie : celle qui permet de réviser les articles déjà parus. Ils tentent ainsi de saborder la crédibilité de Wikipedia.

L’encyclopédie, fidèle à ses principes fondateurs, refuse de mettre en place un modérateur. A la place, l’équipe réplique avec des systèmes informatiques de révision des textes à la fois plus puissants et plus fiables.

Mais de nouvelles sources d’ennui apparaissent. Cette fois, c’est l’aspect sensationnel, toujours à cause de son système ouvert de révision. En effet, l’encyclopédie libre permet de mettre en ligne des biographies de personnes célèbres et toujours vivantes.

En France, en 2010, c’est l’affaire Yann Moix qui défraie la chronique. L’écrivain, dont la critique est partagée entre fans et détracteurs, bénéficie d’abord d’une critique dithyrambique sur son oeuvre. Puis, à force de révisions, elle passe dans l’extrême inverse : son oeuvre est descendue en flèche !

Furieux, l’écrivain menace de porter plainte et publie des textes vindicatifs contre l’encyclopédie. Mais juridiquement, Wikipedia n’est pas responsable des contenus.

Depuis, la bio de Yann Moix a revêtu une forme plus sobre et neutre qui donne le double point de vue : fans et détracteurs. C’est le résultat de l’intelligence artificielle aux commandes du système complexe de révisions des textes.

 

De nouveaux challenges pour Wikipedia ?

Face à l’évolution technologique, notamment la consultation sur portable, elle doit se renouveler avec de nouvelles propositions comme :

  • nearby, pour introduire la géolocalisation
  • l’affichage « guerre d’édition », quand les robots de révision se battent sur une page (c’est le cas actuellement aux USA sur la page de Donald Trump…)
  • et partager sa connaissance avec les robots !

 

« Notre ambition est de rendre encore plus intelligents les ordinateurs afin qu’ils soient toujours plus utiles à l’humanité », s’enthousiasme Fabian Suchanek, enseignant-chercheur à Télécom ParisTech et artisan de cette évolution qui vise à transformer Wikipédia et d’autres riches corpus en une source accessible aux ordinateurs.

 

Les wikipédiens et wikipédiennes continuent d’écrire l’histoire

Depuis 15 ans, Wikipedia présentait une croissance continue. Elle semble arriver à un plateau avec une légère décroissance de ses contributeurs. Les wikipédiens revoient leur façon de collaborer et se retrouvent dans la vraie vie pour donner un nouveau souffle à l’encyclopédie libre.

En voici quelques exemples en France :

  • wikimooc : profitant de la grande popularité des moocs, il permet d’apprendre rapidement à écrire un article dans les règles de l’art. (Fin d’inscription 20 mars 2017 sur la plateforme FUN pour la prochaine session)
  • « éditathon » (marathon d’édition) : séance durant laquelle un groupe de personnes contribue sur un thème précis à enrichir l’encyclopédie en ligne Wikipédia, à partir de ressources mises à disposition. Notamment pour la féminisation de Wikipedia, à partir de la bibliothèque universitaire d’Angers, d’une initiative locale à Grenoble ou d’un partenariat pérenne Femmes et sciences sur Wikipedia pour L’Oréal et Universcience.
  • Ouverture sur la francophonie : mois de la francophonie, ateliers francophones et création d’Afripedia

 

encyclopédie libre-femmes-sciences

 

En conclusion, l’encyclopédie libre reste donc toujours plus vivante que jamais. Elle doit louvoyer au milieu des écueils de son mode collaboratif et innove sans cesse dans ses modes de production et de protection.

Au 7 mars 2017, elle contient 1.850.322 articles en français. Il est évident qu’un tel volume d’information ne peut être exempt de critique ou de polémique, mais il apporte de manière libre et gratuite un maximum de connaissances pour tous à partager.

Elle inspire des initiatives d’encyclopédie partagée comme l’encyclopédie du bricolage de l’enseigne Castorama , Tela Botanica, un réseau de botanistes francophones ou encore le projet européen d’Encyclopédie pour les migrants.

 

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