La Civic Tech c’est quoi ?

Vous vous souvenez sans doute de ces publicités télévisées enjoignant les Français à se rendre aux urnes… « Votez pour qui vous voulez, mais votez ! » disaient-elles en substance.

Aujourd’hui, après l’élection présidentielle, on a pu voir durant cette campagne que la politique n’avait pas vraiment bonne presse. Et beaucoup se sont sentis soit perdus, soit frustrés. Notamment les jeunes, qui se désintéressent de plus en plus du débat politique.

Sans rentrer dans un quelconque débat, la question se dessine de plus en plus crûment, et pas seulement en France… Comment (re)créer du lien entre les citoyens et les gouvernements ? Nous avions déjà survolé le sujet dans notre article sur la démocratie participative. Allons plus loin à présent.

L’une des réponses possibles pourrait être : grâce à la Civic Tech. L’idée principale ? Ouvrir la voie à de nouveaux rapports entre gouvernants et gouvernés. Et plus précisément : aller d’une société de la représentation à celle de la participation.

La Civic Tech c’est quoi ? Le mot est l’abréviation de Civic Technology (Technologie Civique) D’après Wikipedia, c’est « l’ensemble des procédés, outils et technologies qui permettent d’améliorer le système politique« . Et pour que cela fonctionne, il faut mettre en relation les deux groupes (pouvoir/citoyens) en présence.

Mouais. Le concept est encore un peu flou… Pour l’illustrer, regardons déjà comment cela s’est passé pour l’élection présidentielle dans notre pays.

 

D’un côté, les citoyens du pays, autrement dit, vouzémoi…

À l’occasion des élections, les initiatives populaires ont fleuri, dans l’idée de rendre la politique plus accessible.

Certaines le sont pour carrément « rendre le pouvoir » aux citoyens. Pour leur montrer qu’ils peuvent peser sur les décisions politiques, et ne plus seulement dépendre des partis. Exemple : le mouvement Nuit Debout qui a beaucoup fait parler de lui au printemps 2016 avec l’occupation de la place de la République à Paris.

 

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Mais il faut croire que le France n’est pas encore prête, puisque ces initiatives comme Nuit debout ou même laprimaire.org n’ont pas abouti à la présentation d’un candidat. La candidate issue de cette consultation citoyenne n’a pas recueilli les fameuses 500 signatures, indispensables pour se présenter devant les Français.

 

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D’autres pistes ont émané des partis eux-mêmes. Sans forcément penser « civic tech », certains ont organisé des élections primaires « à l’américaine ». Ouvertes à tous, avec pour objectif que les citoyens désignent leur candidat. La droite et le centre ont organisé la leur, qui a accueilli plus de 4 millions de votants.

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La gauche de son côté a mis en route La Belle Alliance Populaire et ses plus de 2 millions d’électeurs. Avec des surprises de part et d’autre, puisque les favoris n’ont pas recueilli les suffrages espérés et se sont fait recaler, parfois dès le premier tour !

 

De l’autre côté, un pouvoir plus ouvert…

Sous la pression montante des citoyens, les gouvernements successifs ont fait des efforts pour que la politique ne reste pas dans l’entre-soi. Pour autant les initiatives restent timides, et généralement se bornent au niveau des municipalités — ou des régions dans le meilleur des cas.

La France fait tout de même partie de l’Open Government Partnership (OGP), qui regroupe plusieurs dizaines de pays dans le monde. Mais ses actions se bornent à l’ouverture des données publiques ce qui est déjà, à notre sens, la moindre des choses !

Cela dit, à part l’ouverture des données publiques via Internet qui est la règle pour l’OGP, force est de constater que ce sont les initiatives citoyennes qui s’en préoccupent le plus. Les petits groupes ont souvent une longueur d’avance sur les vieux partis !

Certaines actions ont institué le vote par Internet, par exemple, qui reste à l’état de test pour les « vraies » élections. Notons d’ailleurs que les primaires organisées par les partis traditionnels en sont restées au bon vieux bulletin à glisser dans l’urne…

Entre parenthèses, nous avons de ce point de vue en France un retard considérable sur les Etats-Unis. Mais l’élection controversée de George W. Bush (en 2000) avec l’affaire des machines à voter a sans doute refroidi les ardeurs françaises sur le sujet ! D’autant que la polémique s’est reposée aux US lors des élections de 2004 et de 2008. Autant dire que le vote électronique ne risque pas de sitôt de détrôner nos bons vieux isoloirs…

 

Engagement politique ou engagement public ?

Elargissons le débat voulez-vous. Le mouvement « Civic Tech » amorce-t-il – ou pas – une évolution profonde de nos sociétés… ? La question mérite d’être posée, à l’heure de l’internet et des outils numériques facilitateurs de mise en relation.

Certes, le constat est sans appel : la population (notamment de plus en plus de jeunes on l’a dit, donc hyper-connectés) se désintéresse aujourd’hui de la vie politique et de ses éternels débats de parti. Certains se cherchent donc d’autres solutions pour réduire l’écart entre gouvernants et gouvernés, et peser (autrement) sur le débat démocratique.

Des citoyens qui souhaitent s’engager à leur niveau, et hors élections, pour améliorer la chose publique. Mais qui refusent que leur engagement ait (forcément) une connotation politique. D’où un foisonnement d’idées et d’initiatives privées, par exemple Stig, une appli mobile sur laquelle les citoyens peuvent proposer des idées, soumettre des amendements et voter en faveur ou contre des propositions, à la fois locales et nationales.

 

 

En matière d’outils numériques, il faut également citer ces deux gros acteurs incontournables :

  • Voxe.org (« la boîte à outils du citoyen connecté » – française) pour s’informer
  • Change.org (un système mondial de pétitions à signer en ligne) pour agir grâce au poids du collectif

Mais il y en a pléthore d’autres, qui souvent combinent entre eux leurs actions respectives, via une visibilité plus ou moins importante sur les réseaux sociaux.

 

Alors la Civic Tech, lame de fond ou effet de mode ?

De notre de vue, c’est évidemment une bonne chose. En France notamment, depuis les débuts de la Vème République, les élites politiques se sont de plus en plus approprié la « chose publique » (res publica). Et il est temps que l’on puisse utiliser les outils les plus avancés – en mode collaboratif – pour faire valoir certaines idées citoyennes.

Avec quelques bémols toutefois… Déjà, il faut comprendre que le mouvement Civic Tech pourrait parfaitement être aussi utilisé par les groupes les plus anti-démocratiques. Ensuite, force est de constater que pour beaucoup, la Civic Tech (en France du moins) demeure aujourd’hui un mouvement de « jeunes bobos parisiens » et n’a pas encore conquis les couches profondes de la population.

Plus globalement, la question posée est : la technologie et l’accessibilité des outils numériques suffisent-ils à organiser, voire à révolutionner la démocratie et le débat politique ? D’aucuns veulent le croire, arguant que la consommation collaborative traduit une volonté d’implication généralisée qui va profondément bouleverser nos sociétés. D’autres doutent fortement de la capacité de ces outils à mobiliser de manière durable et efficace…

Seul l’avenir nous dira ce qu’il en sortira finalement. N’hésitez pas à nous donner votre avis en commentaires ou sur notre page Facebook !

 

Pour en savoir plus sur le sujet :

Un observatoire majeur de la Civic Tech : CivicTechno

La Tribune : Paris accueille depuis fin 2016 le premier incubateur pour les Civic Tech.

Le Monde : Une revue de détails sur les startups oeuvrant dans l’univers de la Civic Tech.

Le Digital Society Forum d’Orange : Un tour d’horizon complet de la Civic Tech, possible révolution démocratique et de ses acteurs.

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